Analyse des images satellitaires de l’éclairage nocturne : et si les dictateurs nous mentaient sur leur PIB ?

Analyse des images satellitaires de l’éclairage nocturne : et si les dictateurs nous mentaient sur leur PIB ?

L’éclairage nocturne en dit long sur le niveau de l’activité économique d’un pays et par conséquent sur son PIB, et ceci n’est pas nouveau. On sait déjà qu’une image par satellite de l’éclairage nocturne (les taches lumineuses) permet de mesurer l’extension de l’activité économique. Il devient dès lors facile de mesurer le développement économique, non plus simplement à l’aide d’outils purement économiques, mais aussi à partir des images par satellite des taches lumineuses. D’ailleurs, une start-up nippone avait déjà utilisé ces images pour faire une prévision de la croissance économique. En 2012, bien avant les prévisions de la jeune entreprise japonaise, trois scientifiques américains avaient présenté dans les colonnes de l’American Economic Review une étude qui se base sur ces mêmes images pour calculer le Produit intérieur Brut par région.

Ce qui est nouveau, c’est la remise en cause de la sincérité des informations fournies par certains pays sur leur croissance économique. En comparant les résultats des images satellitaires des taches lumineuses et les déclarations de ces pays sur leur propre économie, on est étonné de la différence qui se creuse pour certains, notamment pour les pays dont le régime politique est le plus autoritaire. Cette analyse est conduite par un chercheur de l’université de Chicago, le Professeur Luis R. Martinez qui y a consacré un document de 67 pages au titre déjà évocateur : “Jusqu’où devrons-nous croire les déclarations du PIB par les dictateurs ? (How Much Should We Trust the Dictator’s GDP Estimates?)”

eclariage nocture du monde depuis l'espace

Le PIB gonflé d’un tiers de sa valeur réelle

Pour en arriver à cette interrogation, le chercheur a surtout comparé les données produites par les pays sur leur PIB et les images de taches nocturnes enregistrées sur 16 ans, de 1992 à 2008. Si les PIB sont des indicateurs d’auto-évaluation que l’on peut manipuler, ce n’est pas le cas des images satellitaires que tout le monde peut enregistrer pour peu que l’on ait le matériel nécessaire.

Luis Martinez s’intéressera à l’image de l’éclairage nocturne de trois grands groupes de pays à partir du classement annuel de l’ONG Freedom House : les pays les plus démocratiques, les pays partiellement libres et les pays sous joug autoritaire.

Les résultats auxquels aboutit le chercheur ne laissent pas de place au doute. Dans les pays démocratiques, une augmentation de 10% de l’éclairage nocturne est associée à une croissance de 2,4% du PIB en moyenne. Par contre, dans les pays sous joug autoritaire, la même augmentation de l’éclairage nocturne est associée à un Produit Intérieur Brut de 2,9 à 3,4%. Ces pays auraient donc gonflé souvent leur PIB de 15 à 30% pour échapper aux critiques de l’opinion internationale.

Analyse des facteurs pouvant entrainer cet écart

Le chercheur américain rejette la thèse des facteurs liés aux structures économiques d’un pays comme pouvant expliquer cet écart entre l’éclairage nocturne et la croissance économique. Pour lui, ce n’est pas le mode d’urbanisation ou le degré d’utilisation de l’électricité qui expliquera cette dysharmonie entre les deux données. D’ailleurs, les chiffres du PIB grimpent souvent, dit-il, à l’approche des échéances électorales.

Prenant le cas précis de la Chine et de la Birmanie qui ont affiché un fort taux de croissance de leur PIB de 1992 à 2005, le chercheur a revu leur taux à la baisse et les fait passer de 6,3% (officiellement annoncé par les pays eux-mêmes) à 4,9%. De même, le chercheur bouleversera le palmarès des pays ayant eu une forte croissance économique de 1992 à 2008. Des pays comme le Cap Vert, l’Estonie la Corée du Sud raviront la vedette à ceux qu’on avait placés en tête de liste pour fort taux de croissance : Émirats Arabes Unis, Bhoutan Laos, Soudan et Éthiopie.

En définitive, l’économie des nations se voit mieux du ciel que de la terre et son évaluation est plus fiable au télescope que sous la plume manipulable d’un régime autoritaire.

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